Si vous lisez ces lignes en ce moment, c’est peut-être parce que votre cœur bat encore un peu trop vite.
Que ce soit notre collègue qui vienne de nous couper la parole avec un sourire méprisant, un proche qui ignore notre demande pour la dixième fois, ou un inconnu qui nous bouscule sans même un regard, notre sang ne fait qu’un tour. Un cri retentit à l’intérieur : «Aucun respect!».
La première chose que je tiens à vous dire, c’est que notre colère est tout à fait naturelle. Elle n’est ni bonne, ni mauvaise en soi, elle est là simplement pour nous signaler qu’une de nos limites vient d’être franchie. Même si cela peut être très désagréable, le problème n’est pas ce que nous ressentons, mais l’impasse dans laquelle notre cerveau nous enferme juste après. Face à cette sensation de s’être fait marcher sur les pieds, nous basculons souvent en mode Volcan. Certains auront tendance à entrer directement en éruption: critiques, jugements, reproches, avec plus ou moins d’intensité… D’autres tenterons de contenir la lave, avec plus ou moins de succès: les critiques, jugements et reproches se feront alors en silence, à l’intérieur… Dans ces deux cas, notre envie est claire: reprendre notre place et imposer le respect qui nous est dû.
A moins que la situation n’exige que nous enfilions nos petits souliers. Parce que notre manager nous demande un truc, parce que nos futurs beaux-parents nous invitent à déjeuner, parce que quelqu’un que nous admirons nous appelle…
Sommes nous donc plutôt Volcans ou bien Caméléons?
Le piège du respect “vertical” : pourquoi nous oscillons entre ces deux extrêmes ?
Si nous avons tant de mal à trouver le juste milieu, ce n’est pas par manque de caractère. C’est parce que nous portons le poids d’un vieil héritage : le respect vertical.
Depuis des siècles, nous apprenons que le respect est une affaire de rang : nous le devons à ceux qui sont “au-dessus” (le patron, l’aîné, le puissant) et nous l’exigeons de ceux que nous estimons être “en dessous”. Dans ce système patriarcal, nous confondons souvent respect et soumission. Nous acceptons l’inacceptable par “respect pour le titre”, et nous nous autorisons parfois à être dur envers ceux que nous jugeons plus “petits” que nous parce que nous avons l’ascendant.
Mais la souveraineté, la vraie, est horizontale. L’assertivité n’est pas une technique pour “gagner” contre l’autre. C’est l’art de sortir du rapport de force pour entrer dans la dignité humaine. C’est comprendre qu’un stagiaire a autant droit au respect qu’un PDG.
Notre bien-être émotionnel, tout comme notre équilibre mental et psychologique, dépend directement de notre capacité à refuser de s’écraser devant le “haut” ou d’écraser le “bas”. C’est enfin reprendre sa juste place, respectueusement. Voici comment transformer ce sentiment d’injustice en une force tranquille.
Gérer ses émotions quand nos limites sont bafouées: le secret du changement
Face à une personne qui nous bouscule ou nous méprise, notre premier réflexe est de lui donner les clés de notre état intérieur. Nous pensons : «Si je suis en colère, c’est parce qu’il ou elle m’a manqué de respect!».
En faisant cela, nous transformons l’autre en télécommande de nos émotions. S’il est poli, nous allons bien et s’il est impoli, nous souffrons. Cette façon de penser est dommageable parce qu’elle fait de nous les otages du comportement d’autrui.
La distinction capitale : Stimulus vs Cause
Pour sortir de cette impasse, nous pouvons choisir de voir les choses différemment, en faisant la distinction suivante:
- Le Stimulus (l’autre) : C’est l’élément déclencheur (la parole cinglante, le ton méprisant). C’est le “détonateur” extérieur.
- La Cause (chez nous) : C’est ce qui se passe à l’intérieur de nous (nos besoins de considération, de sécurité, de bienveillance…). C’est la “poudre”.
Pourquoi cette distinction est-elle si essentielle? Imaginez la situation suivante. Plusieurs personnes se font bousculer dans la rue, de façon exactement identique. Le stimulus, c’est le fait d’être bousculé. Il est exactement le même pour tout le monde. Pourtant, la personne A bombe aussitôt le torse et entre dans une rage noire, la personne B rentre quant à elle les épaules et se reproche intérieurement d’avoir pris trop de place, la personne C continue son chemin sans y prêter la moindre attention, et la personne D s’arrête un instant, un regard plein de compassion en se disant intérieurement: “Il n’a vraiment pas l’air dans son assiette…” (si, si, c’est possible !)…
On le voit bien : si la cause était dans le choc, nous aurions tous la même réaction. Or, si nos réponses sont si différentes, c’est qu’elles ne parlent pas tant de la bousculade que de ce que ce stimulus vient réveiller en nous à cet instant précis : nos besoins, nos valeurs ou nos blessures invisibles. La gestion des émotions commence ici : dans l’exploration de ce paysage intérieur.
Le dialogue et la communication assertive : valider pour être entendu
Une fois ce tri entre le stimulus et la cause effectué, nous pouvons enfin nous adresser à l’autre. Pour cela, nous recommandons de commencer par valider ce que vit l’autre. Pourquoi ? Parce que tant qu’il ne se sent pas rejoint, l’autre n’a généralement pas l’espace nécessaire pour entendre ce que nous vivons et c’est le dialogue de sourds assuré.
Valider ce que vit l’autre, c’est savoir écouter ce qui n’est pas dit : le besoin caché derrière le comportement qui nous a choqué.
Une fois que l’autre se sent entendu, nous pouvons enfin dire comment c’est pour nous et avoir une chance d’être rejoints, nous aussi, dans ce que nous avons vécu.
Exemple concret: Imaginons un collègue qui nous parle brusquement à cause d’un retard. C’est une situation typique de frictions relationnelles au travail, où l’on ne sait pas toujours comment dire stop.
- Nous validons sa réalité : « Tu es énervé parce que c’est important pour toi que les délais soient respectés, c’est bien ça ? »
- L’autre se sent rejoint : « Oui, j’en ai marre de me faire engueuler par les clients ! »
- Nous posons notre limite : « Je comprends, c’est essentiel pour toi que la relation client soit fluide. Et en même temps, tu vois, quand tu emploies ce ton avec moi, je me sens vraiment en colère parce que les relations bienveillantes et respectueuses, c’est important pour moi, surtout avec les collègues!»
Une nuance capitale : quand la sécurité devient la priorité
Il est essentiel de distinguer les incivilités du quotidien (maladresse, stress, impolitesse) de la mise en danger réelle (violence physique, harcèlement, emprise).
L’assertivité et le dialogue ne sont possibles que si les deux personnes sont en état de communiquer. Si vous faites face à une personne auprès de laquelle vous ne vous sentez pas en sécurité, l’heure n’est plus à la “validation de l’autre” ni à la recherche d’un compromis.
Prendre la responsabilité de ce que vous vivez, c’est aussi savoir dire : « Ma sécurité n’est pas négociable ». Dans ces cas précis, la réponse souveraine n’est pas le dialogue, mais la protection :
-
- Quitter les lieux.
- Rompre le contact.
- Demander de l’aide à des tiers ou à la loi.
Se protéger n’est pas une fuite de type “Caméléon”, c’est un acte de souveraineté ultime. C’est décider que votre intégrité est plus importante que la tentative de lien.
Conclusion : Oser exister à 100 %
Grâce à l’assertivité, le «manque de respect» change radicalement de visage. Derrière les insultes, le mépris ou l’indifférence, vous finirez par entendre une toute autre musique. Plutôt que de vous arrêter sur le geste ou d’écouter les mots prononcés par la personne qui vient de vous déclencher, imaginez une chanson dont les paroles répéteraient en boucle : «J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal !».
Une mélodie dramatique, certes, mais dont nous pouvons choisir de baisser le volume dès l’instant où notre attention se pose réellement sur la personne qui se trouve en face de nous, plutôt que de rester happé par l’impact de ses actes ou de ses paroles malheureuses.
Ce n’est pas que l’autre devient soudainement poli, c’est que vous réalisez qu’il n’est pas en train de vous attaquer : il est simplement tellement absorbé par son monde intérieur qu’il ne vous voit même pas.
Cette clarté met fin à la lutte intérieure ou extérieure qui a bien souvent régi une bonne partie de nos vies. Désormais, il ne s’agit plus de savoir qui aura le droit de respirer dans l’espace relationnel. Grâce à l’affirmation de soi par la communication assertive, vous apprendrez progressivement à faire respecter votre intégrité sans perdre votre calme.
C’est cela, le « 100 % soi et 100 % l’autre » : une qualité de connexion où règnent la dignité et l’intégrité pour enfin kiffer les relations !
Envie de passer de la théorie à la pratique ?
Muscler sa souveraineté demande un véritable entraînement. Si vous cherchez un stage en développement personnel qui allie théorie et pratique corporelle, nos sessions « Oser l’assertivité » et « Oser la Souveraineté » sont faites pour vous. Vous y trouverez un espace pour acquérir des repères et, surtout, pour expérimenter en toute sécurité. Vous repartirez ainsi avec des outils utilisables dans toutes vos relations, tant au travail qu’à la maison.
Inscrivez-vous directement au +33 6 66 98 75 77 ou par email: eve@ecolevivreensemble.fr
Article écrit par Isabelle pour l’Ecole du Vivre Ensemble
